Qu’est-ce que le 44 Label Group – marque, mouvement ou mythe ?
Quand on parle aujourd’hui du 44 Label Group, il ne s’agit rarement d’un simple projet de mode ou d’un collectif techno de plus. Ce nom représente désormais quelque chose de plus grand que des sorties, des soirées ou des collections individuelles. Le 44 est un symbole, un ressenti, une attitude qui incarne une génération spécifique au sein de la culture techno. Il lie musique, esthétique, appartenance et une énergie sans compromis, impossible à expliquer sans l’avoir vécue. Pour certains, le 44 est un mouvement, pour d’autres un mythe – au final, il est probablement les deux à la fois, et c’est précisément ce qui fait sa fascination.
Quelles sont les racines du 44 Label Group et pourquoi Berlin-Neukölln y joue-t-il un rôle si central ?
L’histoire officielle commence en 2021 avec la création du 44 Label Group, mais ses racines remontent bien plus loin. L’origine se trouve à Berlin, plus précisément à Neukölln, et ce n’est pas un hasard. Le « 44 » fait référence à une ancienne zone de codes postaux berlinois, un repère personnel qui relie origine, environnement et identité. Derrière cette idée se trouve le DJ et producteur berlinois Kobosil, l’une des figures marquantes de la génération techno plus dure des dernières années. Bien avant que le 44 n’existe officiellement comme label, il était étroitement lié à son histoire, sa musique et son entourage.
Ce qui a été décisif, c’est que ce projet ne s’est pas simplement transformé en un merchandising classique. Avec Claudio Antonioli est arrivée une figure profondément ancrée dans le monde international de la mode, apportant structures, professionnalisme et un certain pont vers la haute couture. Cette alliance entre l’underground berlinois, l’histoire des clubs et le professionnalisme international a façonné dès le départ le caractère du 44. Ce n’était jamais un simple effet de style, mais dès le début une tentative de matérialiser l’esprit de la scène tout en le plaçant dans un contexte culturel.
Qui se cache vraiment derrière le 44 Label Group et quelles têtes façonnent ce collectif ?
Bien sûr, Kobosil est le visage, le moteur et la figure de référence du 44 Label Group. Sans lui, ce projet n’existerait pas sous cette forme. Mais le 44 n’a jamais été un projet solo. Il fonctionne comme un réseau étendu, presque comme une famille qui s’est développée organiquement au fil des années. DJs, producteurs, artistes et compagnons de route font partie de ce cosmos et le portent plus loin. Certains sont plus proches du centre, d’autres en périphérie, mais tous forment un environnement qui maintient ce mouvement uni.
Ce réseau s’est professionnalisé et internationalisé ces dernières années. Un exemple en est l’accord avec Sony Music Publishing, qui montre que le 44 n’est plus perçu uniquement comme une affaire de scène, mais comme une force sérieuse dans le paysage musical et culturel mondial. En même temps, ce collectif reste émotionnellement ancré dans les clubs, les nuits, la sueur, la dureté du son. C’est précisément dans cet équilibre que réside la tension : l’industrie rencontre la sous-culture, le business rencontre l’identité.
Quels membres et artistes façonnent le 44 Label Group ?
Officiellement, le 44 Label Group ne tient pas de « liste de membres » rigide comme un label classique, mais à travers les sorties, la boutique propre et les programmations de festivals, on peut clairement identifier quels artistes définissent le son et l’identité du 44. Au centre se trouve bien sûr Kobosil lui-même, dont les productions et collaborations forment le noyau de l’esthétique.
Autour de lui s’est formé un cercle stable d’artistes qui apparaissent régulièrement sur les sorties 44. Parmi eux figurent notamment des producteurs comme UEBERREST, SOMEWHEN, IN VERRUF, RIKHTER, KUKO, KANDER, PARALLX, NEW FRAMES ou FRANCK, dont les EPs et morceaux figurent au catalogue du 44 Label Group et sont présents sur les séries vinyles et compilations « SEKTION ». Leur musique couvre un spectre allant du hard techno brut et saturé à des morceaux atmosphériques et sombres, qui façonnent le son typique du 44 en club.
Parmi les artistes les plus visibles, on trouve UEBERREST, qui a publié plusieurs sorties sur 44 et apparaît dans des mixes et sets de festivals comme porte-étendard de la nouvelle génération, ou SOMEWHEN, qui avec ses numéros de catalogue 44 et ses sets DJ au 44 Festival de Karlsruhe incarne le caractère live du mouvement. Ce cercle d’artistes est complété par le projet 44 FRONT ROW, qui agit comme bras médiatique et organisationnel, organise des festivals, accompagne des collaborations comme « 44 x Stutyard » et maintient la communauté via les réseaux sociaux et la communication événementielle. Ainsi, autour de Kobosil, il ne s’agit pas d’une programmation figée, mais d’un réseau vivant de producteurs, DJs et créatifs qui définissent ensemble le 44 Label Group.
Pourquoi tant de personnes se sentent-elles liées au 44 Label Group ?
La réponse ne peut pas être expliquée uniquement rationnellement. Pour beaucoup, surtout pour une jeune génération techno, le 44 est un sentiment d’appartenance. Il ne s’agit pas principalement de consommation ou de statut, mais d’identité au sein d’une culture souvent difficile à saisir. Le 44 incarne une attitude : sombre, sans compromis, énergique, loyale. Nombreux sont ceux qui participent aux événements 44 ou s’identifient au mouvement et y voient un foyer au sein d’une scène souvent difficile à définir.
Le terme « famille », souvent associé au 44, n’est pas qu’un slogan marketing. Il reflète que des personnes se retrouvent ici, parlant le même langage de basses, de tempo et de vie nocturne. Le hard techno n’est pas seulement musique, mais l’expression d’une intensité émotionnelle et physique. Le 44 offre une surface de projection pour cela. Il crée un sentiment de communauté – et c’est précisément ce qui a toujours renforcé les sous-cultures.
Quel rôle jouent les événements 44 – et pourquoi sont-ils le véritable cœur de ce mouvement ?
S’il y a un lieu où l’on comprend vraiment le 44 Label Group, ce n’est pas dans les interviews, ni sur les réseaux sociaux, ni dans les retours nostalgiques. C’est dans les soirées et événements. C’est là que naît le cœur de ce qui fait ce mouvement. Le 44 est présent dans le monde entier : à Berlin, Rotterdam, Londres, Paris, New York, Istanbul, dans certaines régions d’Amérique du Sud et bien d’autres endroits. Des lieux d’événements centraux reviennent régulièrement, de nouveaux apparaissent sans cesse.
Les lieux marquants sont souvent des espaces grands et parfois emblématiques comme des halls berlinois, des zones industrielles ou des endroits comme le Junkyard ou des lieux spécifiques comme Auto Böhler à Karlsruhe. Ces lieux correspondent à l’esthétique : brut, anguleux, industriel, loin de la vie nocturne lisse et polie. L’énergie de ces soirées est célèbre. Le son est rapide, dur, corporel. Le public est endurant, présent et émotionnellement impliqué. Des expressions comme « no break mentality » ne sont pas de simples formules, mais décrivent un état. Beaucoup d’événements affichent complet bien avant que d’autres ne commencent à planifier. C’est un mélange d’exclusivité, de loyauté et d’un besoin pur d’énergie qui fait du 44 un phénomène vivant.
Comment la scène décrit-elle le 44 Label Group – culte, engouement ou exagération ?
Pour être honnête, il faut dire : le 44 divise. Et c’est précisément une part de son impact. Sur les forums, plateformes comme Reddit, dans les commentaires, blogs et discussions au sein de la scène, les avis divergent. Pour beaucoup, le 44 est un point d’ancrage culturel, un nouveau noyau dans la structure techno, qui capte précisément l’énergie de notre époque. Ils y voient authenticité, cohérence et un mouvement qui n’a pas cherché à imiter le techno, mais qui est né de la scène elle-même.
D’autres sont plus critiques. Certains reprochent au 44 et à Kobosil que l’underground soit devenu un phénomène grand public. Ils questionnent le degré de commercialisation, l’engouement, la mise en scène. C’est là qu’une discussion intéressante naît : combien de temps quelque chose reste-t-il « underground » quand il remplit des salles immenses ? Le succès est-il forcément une trahison de la sous-culture – ou simplement son évolution naturelle ? Ces tensions accompagnent constamment le 44. Elles le rendent vulnérable, mais aussi vivant, car elles ne bloquent pas les débats, elles les provoquent.
Pourquoi le 44 Label Group polarise-t-il autant dans la scène techno ?
Parce qu’il se trouve à un point de rencontre entre deux mondes : la sous-culture et la sphère publique. Le techno a toujours été un contre-mouvement, un espace d’évasion, d’identité hors du courant dominant. Quand une telle culture grandit, se professionnalise et se mondialise, il y a des frictions. C’est exactement ce qui se passe ici. Le 44 est trop grand pour passer inaperçu, trop brut pour paraître totalement lisse, et trop authentique pour être simplement un produit.
Il devient ainsi un miroir. Il montre où en est la scène aujourd’hui. Une jeune génération y trouve une forme moderne de culture techno, qui ne s’accroche pas nostalgique aux années 90, mais parle son propre langage. En même temps, cela déclenche ceux qui ont surtout vu le techno comme un contrepoint à la visibilité et à la structure. Au final, cette polarité n’est pas une faiblesse, mais un signe de pertinence. Seules les choses qui comptent sont discutées aussi intensément.
À quoi ressemble l’ambiance typique du 44 – et pourquoi façonne-t-elle une nouvelle génération techno ?
Si l’on tente de traduire le 44 en une image, on obtient une atmosphère claire : sombre, épurée, industrielle, avec une identité visuelle qui comprend immédiatement qui appartient à ce monde et qui n’en fait pas partie. L’ambiance n’est pas fortuite, mais l’expression d’une époque où le techno est redevenu plus dur, plus rapide et sans compromis. Cette énergie se reflète dans la foule, le son, l’attitude et la manière dont cette communauté se présente. C’est un style techno moderne, très affirmé, qui ne se limite pas à la décoration, mais véhicule une posture.
Que représente aujourd’hui le 44 Label Group pour la culture techno et l’identité de la scène ?
Aujourd’hui, le 44 Label Group est bien plus qu’un nom sur un flyer ou une référence dans la scène des clubs. C’est un marqueur culturel. Il incarne une intensité émotionnelle particulière, une génération qui ne voit pas le techno comme un phénomène rétro, mais comme un présent. Il unit mouvement, son, identité, débat et parfois aussi conflit. C’est là toute sa signification : ce n’est pas un produit lisse, mais une part vivante de la scène.
Qu’on aime le 44, qu’on le questionne ou qu’on soit quelque part entre les deux, cela importe peu au final. L’essentiel est qu’il suscite quelque chose. Il rassemble les gens, provoque des opinions, crée une communauté. Et peut-être est-ce là la forme la plus sincère de pertinence dans une sous-culture qui a toujours été la plus forte quand elle était plus que de la musique.